Les lauréats du prix de thèse Hadamard 2012

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Nous avons le plaisir d’annoncer que les lauréats 2012 du prix de thèse de la FMJH sont :

Richard Aoun, « Application des marches aléatoires à l'étude des sous-groupes des groupes linéaires » sous la direction d’Emmanuel Breuillard.

Julie Digne, « Géométrie Inverse: du nuage de points brut à la surface 3D - Théorie et Algorithmes », sous la direction de Jean-Michel-Morel.

Rodolphe Jenatton, « Normes Parcimonieuses Structurées : Propriétés Statistiques et Algorithmiques avec Applications à l'Imagerie Cérébrale » sous la direction de Francis Bach.

Stéfano Morra, « La structure des représentations universelles modulo $ p $ pour $ GL_2 $ » sous la direction d’Ariane Mézard.
 

Le jury composé d'Ahmed Abbès, Elisabeth Gassiat, Carl Graham, François Labourie et Florian de Vuyst a travaillé dans l'esprit suivant :

Son premier critère a d'abord été celui de l'excellence scientifique, privilégiant l'originalité et  le retentissement des résultats. ll a été également sensible à la trajectoire scientifique des candidats, à leur vocation de mathématicien,  et à l'exemplarité de leur formation par la recherche dans le cadre des établissements partenaires la FMJH.  Il a enfin cherché à couvrir un large spectre thématique.

 

Richard Aoun

Faire des mathématiques ma carrière n'a jamais été pour moi une option parmi d'autres, mais ce fut pour moi une passion et en quelque sorte, un objectif que je me suis fixé dès mon bas âge (plus précisément depuis la classe de 4ème). Ce que j'aime dans les maths n'est pas les chiffres ou les calculs eux-mêmes, même pas les théorèmes, c'est l'esprit des mathématiques lui-même qui est unique en son genre.
Après avoir fait ma licence à l'université Saint-Joseph (USJ) au Liban, je suis venu à Orsay pour poursuivre mes études (depuis le M1). C'est la réputation mondiale de l'université d'Orsay qui m'a poussé à y venir. Je dois ma réussite en M1 à des mathématiciens d'Orsay qui m'ont énormément encouragé: Renée Elkik, Stéphane Fischler, Pierre Lorenzon. Par la suite, j'ai suivi le M2 de probabilités et statistiques à Orsay. Je tiens à remercier Jean-François Le Gall qui a joué un rôle très important dans mon orientation pour la thèse. 
Un tournant décisif dans mon tout premier parcours en recherche fut le cours de mon directeur de thèse Emmanuel Breuillard : "Marches aléatoires sur les groupes de Lie"  en 2008. Ayant été toujours passionné par la structure des objets algébriques et de la "magie" de l'aléatoire, j'ai été impressioné par ce cours qui combine des probabilités, de la théorie ergodique, de l'algèbre et de la géométrie et surtout par la façon dont Emmanuel Breuillard communique et combine toutes ces notions. Emmanuel a été à mon écoute pendant toute la période du cours et s'est montré très (très!!) compréhensif devant les difficultés que j'avais dans un cours de très haut niveau. Durant les trois années de la thèse à Orsay, il était toujours présent, prêt à écouter, à discuter et souvent pendant des heures.
Dans ma thèse, je m'intéresse grosso modo aux comportements des éléments génériques (aléatoires) des groupes linéaires. Un des résultats de ma thèse donne une version probabiliste d'un célèbre théorème de Tits (alternative de Tits) et a été publié dans "Duke Mathematical Journal". Ce résultat répond à une question d'Yves Guivarc'h des années 1990.
J'ai appris durant la thèse et grâce aux nombreuses discussions avec mon directeur de voir des objets mathématiques "usuels" de plusieurs façons, de plusieurs points de vue. J'ai ainsi appris qu'avant de traiter n'importe quel problème, il faut que la structure des objets avec lesquels on travaille soit "imprégnée" en soi. Cela a été très important dans ma thèse et surtout pour avoir des intuitions (et des bonnes!).

Julie Digne

Au cours de mes études à Télécom ParisTech je me suis intéressée au traitement des images et des formes. Après un stage au Japon sur le sujet, j’ai décidé de poursuivre dans un master recherche à l’ENS Cachan (master Mathématiques Vision Apprentissage) qui m’a passionnée par la diversité des formalismes abordés, cela m’a décidée à faire une thèse dans le domaine que j’ai eu la chance d’effectuer au Centre de Mathématiques et Leurs Applications à l’ENS Cachan sous la direction de Jean-Michel Morel. Ma thèse avait un côté très appliqué car le sujet provenait d’un besoin d’algorithmes de traitement des données d’un laboratoire de production automatisée (le LURPA à l’ENS Cachan), ce qui permettait de se confronter à des données réelles.
Le domaine du traitement de la modélisation géométrique est un domaine relativement jeune, avec de nombreuses applications (imagerie médicale, imagerie satellitaire, conception assistée par ordinateur...) constamment en ébullition et où le besoin en formalisme mathématique est grand. Le laboratoire qui m’a accueillie pendant ma thèse ayant plusieurs thèmes, cela m’a également permis de voir des avancées dans d’autres domaines des mathématiques.
De mon point de vue, la thèse est un apprentissage de l’indépendance et de la rigueur scientifique qui peut se révéler très gratifiant surtout dans mon domaine où l’on voit rapidement des applications du travail réalisé. Je poursuis d’ailleurs la recherche en modélisation géométrique (à l’inria en ce moment puis au cnrs).

Rodolphe Jenatton

Après une formation d'ingénieur à Télécom Paristech et un master recherche à l'université Paris 6, je me suis dirigé en 2007 vers le secteur de la finance. Cette orientation m'a conduit dans un fond d'investissement new yorkais. Pendant plus d'une année, j'ai essayé d'analyser et de comprendre des données financières pour en extraire des régularités statistiques et rendre possible l'application d'algorithmes prédictifs. J'ai ainsi été progressivement confronté à des problèmes centraux et complexes d'apprentissage statistique, une thématique qui deviendra le coeur de mon futur doctorat.
Deux facteurs sont essentiellement à l'origine de ma décision de vouloir entreprendre un doctorat, d'une part ma curiosité intellectuelle, et d'autre part, mon désir de comprendre les phénomènes en profondeur. En outre, l'univers industriel dans lequel j'évoluais m'a aussi fait prendre conscience de l'importance d'acquérir une expertise scientifique solide afin de pouvoir, par exemple, proposer des solutions sages et éclairées à un problème donné. Enfin, mon goût pour les défis personnels et les aventures de longue haleine a fini de me convaincre de commencer une thèse.
Le choix de mon laboratoire d'accueil fut assez naturel. En effet, mes lectures d'articles et mes sujets d'intérêt m'ont fait convergé vers l'équipe INRIA de F. Bach qui, à l'issue d'un stage, a accepté de m'encadrer aux cotés de J.Y.Audibert. Les trois années de mon doctorat ont été synonymes d'un grand épanouissement scientifique et humain, durant lesquelles j'ai côtoyé des étudiants et chercheurs capables de transmettre non seulement leurs savoirs, mais aussi, et surtout, leurs passions.
Cette expérience m'a révélé que la formation par la recherche est enrichissante : elle permet de développer des compétences analytiques et organisationnelles, un sens du travail en autonomie et en équipe, avec également une forte composante dédiée à la communication orale et écrite. A titre personnel, et en tant que coureur de fond, j'aime comparer l'expérience de mon doctorat à celle d'un marathon, c'est-à-dire, un long défi avec une succession de bons moments et passages plus difficiles, où on apprend beaucoup (notamment sur soi) et dont on sort grandi.

Stefano Morra

Au-delà de quelques arguments, sans doute discutables, qui voient la Science comme la seule patrie de l'homme, je peux certainement dire que la préparation d'une thèse est, pour moi, le synonyme d'une dichotomie merveilleuse, entre la vastitude d'une liberté intellectuelle illimitée et l'humilité de pouvoir agir entre les frontières étroites de la raison humaine.
D'une manière moins universelle (et, probablement, plus efficace), la préparation d'une thèse en arithmétique a été le débouché naturel à mon parcours universitaire. 

Après avoir effectué mes études de licence à Padoue, l'adhésion au programme d'échange interuniversitaire AlGaNT m'a permis de continuer ma formation au sein de l'Université de Paris XI.
Le sort a voulu que mon expérience à Orsay, qui m'a permis de suivre les cours de DEA par des arithméticiens illustres, se soit réalisée  au
lendemain  de l'affirmation du programme de Langlands p-adique, développé sous l'élan de M. Breuil et M. Colmez. Cela a signé de manière
profonde ma vie sciéntifique, et m'a conduit à consacrer mes intérêts et mes énergies vers cet éblouissant domaine de recherche. La  poursuite
de mes études doctorales sous le guide de Madame Mézard a été une opportunité majeure et un choix naturel, au sein du Laboratoire de
Mathématiques de Versailles, qui m'ont fait le don inestimable de me fournir les outils, scientifiques et humains, qui m'ont permis de conclure ma thèse.